
Line Amselem est née en 1966, à Paris. Dans ses
Petites histoires de la rue Saint Nicolas, universitaire et traductrice retombée un temps en enfance, nous entrouvre la porte de l'appartement parisien où ils ont vécu, elle et sa famille si particulière, de juifs espagnols originaires du Maroc. Par effleurements, comme pour ne pas les user, elle nous livre de délicats souvenirs comme autant de précieuses photographies en noir et blanc.
Des perles de l'enfance, l'exil comme
une richesse.

Nous, on parle l'espagnol, par contre, dans le sud du Maroc, on ne le parlait pas. Les Juifs parlaient le français, l'arabe, certains parlaient même l'anglais. En tout cas, ceux qui n'étaient pas de la zone espagnole - Larche, Tanger, Alcázarquivir, Tétouan ou Arzila - on les appelle les "forasteros". Ça veut dire les étrangers. Enfin, pas vraiment étrangers puisqu'ils sont juifs et marocains, mais ils viennent d'ailleurs que nous, malgré tout. Ils n'aiment pas qu'on les appelle comme ça, pourtant on ne veut pas être méchants. Bon, en vérité, on aime bien se moquer d'eux. Par exemple, Maman raconte que quand Papá Ponte s'est remarié avec Tita Messodi, elle ne connaissait pas l'espagnol mais les six enfants refusaient de parler l'arabe, alors elle parlait comme elle pouvait. Du coup, Maman ne sait pas l'arabe.